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1899 «Les Prismes Luxfer» · La Nature
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LES PRISMES LUXFER

Les prismes Luxfer constituent une très curieuse application du principe bien connu de la réfraction à la transmission directe de la lumière du jour dans les parties obscures de locaux insuffisamment éclairés.

Fig. 1 — Prismes Luxfer. — nº1. prisme. — nº2. Carreau à prisme.
Fig. 1 — Prismes Luxfer. — nº1. prisme. — nº2. Carreau à prisme.

Toute fenêtre reçoit la lumière du ciel sous un angle déterminé par le sommet de la maison qui lui fait face et la hauteur à laquelle elle se trouve au-dessus du sol. Cette lumière traverse les vitres et vient frapper le sol qu'elle éclaire vivement sur une surface d'autant plus petite que l'angle d'arrivée de la lumière est plus aigu. Le reste de la pièce n'est éclairé que par le reflet du sol, qui par la nature absorbante de sa couleur, ne renvoie que 20 ou 30 pour 100 de la lumière reçue sur le plafond. Celui-ci à son tour absorbe 5 pour 100; ce qui réduit à environ 15 ou 20 pour 100 la quantité de lumière répandue dans le local.

La pose des prismes Luxfer dans les fenêtres, à la place des vitres ou dans des châssis inclinés sous forme de marquises, selon les cas, provoque le redressement des ondes lumineuses, et les envoie dans les directions requises, projetant ainsi jusqu'au fond de la pièce la totalité de la lumière reçue par l'ouverture. Les prismes Luxfer sont constitués par une plaque de cristal unie sur l'un de ses côtés, et dont la deuxième face est munie sur toute son étendue de saillies angulaires jointes par leur base à la plaque ci-dessus décrite, et faisant corps avec elle. La figure 4 donne la vue d'ensemble d'un prisme (nº1), et d'un carreau à prisme (nº2), dont il sera question plus loin.

La dimension uniforme de ces plaques est d'un décimètre carré; mais les angles des prismes qui les constituent varient à l'infini.

Dans le but de réfracter la lumière reçue sur un châssis prismatique plan, dans des directions différentes, il est en effet indispensable de faire varier l'angle des prismes afin de réger la sortie de la lumière dans tel ou tel sens.

C'est pour obtenir ce résultat que les plaques de prismes revêtent la faible dimension précitée.

L'assemblage des différentes plaques de prismes se fait au moyen de l'enchâssure galvanoplastique. Entre chaque plaque prend place un mince ruban de cuivre, maintenu aux intersections par un point de soudure; lorsque la mesure convenable a été atteinte, l'ensemble est plongé dans une cuve galvanoplastique où, sous l'action d'un courant électrique approprié, un fort dépôt de cuivre vient s'appliquer à chaque partie saillante du ruban métallique, et former un double bourrelet qui sertit énergiquement les plaques de prismes.

Une curieuse particularité de ce procédé est de serrer avec une telle force les prismes ou la glace unie qu'il est chargé d'assembler que, soumis à l'action du feu, les vitraux ainsi constitués craquèlent et se fendillent mais n'éclatent pas.

L'importance de cette curieuse immunité, au point de vue de la résistance au feu, n'échappe à personne; car il est acquis que la plupart des incendies ne se développent que grâce à l'introduction de l'air dans les locaux en feu par le bris des glaces et vitres.

La résistance au feu des prismes, enchâssés par la galvanoplastie, à été mise récemment en évidence par le violent incendie de la maison Mac Clurg de Chicago, incendie dans lequel les ouvertures munies de prismes Luxfer ont victorieusement résisté à l'action combinée du feu et des jets de pompe; tandis que toutes les autres glaces ont été complètement détruites.

Fig. 2. — Éclairage ordinaire d'un sous-sol.
Fig. 2. — Éclairage ordinaire d'un sous-sol.
Fig. 3. — Éclairage d'un sous-sol avec les multi-prismes Luxfer.
Fig. 3. — Éclairage d'un sous-sol avec les multi-prismes Luxfer.
Fig. 4. — Éclairage ordinaire d'un rez-de-chaussée.
Fig. 4. — Éclairage ordinaire d'un rez-de-chaussée.
Fig. 5. — Éclairage d'un rez-de-chaussée avec les multi-prismes Luxfer.
Fig. 5. — Éclairage d'un rez-de-chaussée avec les multi-prismes Luxfer.

L'éclairage des sous-sols s'obtient au moyen de dalles prismatiques, dites «multi-prismes» ou carreaux à prismes qui projettent la lumière sous un angle de 45°. Au cas où l'étendue du sous-sol nécessiterait la réfraction de la lumière à une distance supérieure à celle atteinte par les multi-prismes, il suffit de placer devant eux un châssis vertical qui par une deuxième réfraction transmet le jour dans les parties les plus reculées. Les figures 2 et 3, ainsi que 4 et 5 nous représentent aussi fidèlement que possible, pour un sous-sol et pour un rez-de-chaussée, les effets obtenus avec l'éclairage ordinaire d'une part et avec les multiprismes d'autre part. Les résultats obtenus 'par ces prismes sont réellement remarquables, et les effets que l'on voit sur nos dessins sont bien ceux qui se passent en réalité.

Les prismes Luxfer sont donc appelés à être d'une grande utilité. Avec eux les sous-sols peuvent être éclairés au degré nécessaire, par l'emploi de dalles ou de carreaux à prismes placés dans le trottoir, avec des châssis verticaux. La combinaison des dalles à prismes et des plaques à prismes permet de résoudre les divers problèmes qui peuvent se présenter.

Une quantité limitée de prismes ainsi combinés donnera certainement plus de jour dans un sous-sol qu'une quantité quelconque de jours ou de soupiraux de toute autre disposition. Ajoutons encore qu'avec l'éclairage ainsi obtenu, on a fait de très belles photographies qu'on ne pouvait réussir jus- qu'ici qu'avec un éclairage artificiel pendant les heures de jour.

Les prismes Luxfer ont donc pour but d'assurer la diffusion de la lumière du jour. L. LEROY.

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