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LES PRISMES LUXFER
Les prismes Luxfer constituent une très curieuse application du
principe bien connu de la réfraction à la transmission
directe de la lumière du jour dans les parties obscures de locaux
insuffisamment éclairés.

Fig. 1 — Prismes Luxfer. — nº1. prisme. —
nº2. Carreau à prisme. |
Toute fenêtre reçoit la lumière du ciel sous un
angle déterminé par le sommet de la maison qui lui fait
face et la hauteur à laquelle elle se trouve au-dessus du
sol. Cette lumière traverse les vitres et vient frapper le sol
qu'elle éclaire vivement sur une surface d'autant plus petite que
l'angle d'arrivée de la lumière est plus aigu. Le reste de
la pièce n'est éclairé que par le reflet du sol, qui
par la nature absorbante de sa couleur, ne renvoie que 20 ou 30 pour 100
de la lumière reçue sur le plafond. Celui-ci à
son tour absorbe 5 pour 100; ce qui réduit à environ
15 ou 20 pour 100 la quantité de lumière répandue
dans le local.
La pose des prismes Luxfer dans les fenêtres, à
la place des vitres ou dans des châssis inclinés sous
forme de marquises, selon les cas, provoque le redressement des ondes
lumineuses, et les envoie dans les directions requises, projetant ainsi
jusqu'au fond de la pièce la totalité de la lumière
reçue par l'ouverture. Les prismes Luxfer sont constitués
par une plaque de cristal unie sur l'un de ses côtés, et
dont la deuxième face est munie sur toute son étendue
de saillies angulaires jointes par leur base à la plaque
ci-dessus décrite, et faisant corps avec elle. La figure 4 donne
la vue d'ensemble d'un prisme (nº1), et d'un carreau à
prisme (nº2), dont il sera question plus loin.
La dimension uniforme de ces plaques est d'un décimètre
carré; mais les angles des prismes qui les constituent varient
à l'infini.
Dans le but de réfracter la lumière reçue sur un
châssis prismatique plan, dans des directions différentes,
il est en effet indispensable de faire varier l'angle des prismes afin
de réger la sortie de la lumière dans tel ou tel sens.
C'est pour obtenir ce résultat que les plaques de prismes
revêtent la faible dimension précitée.
L'assemblage des différentes plaques de prismes se fait au moyen
de l'enchâssure galvanoplastique. Entre chaque plaque prend place
un mince ruban de cuivre, maintenu aux intersections par un point de
soudure; lorsque la mesure convenable a été atteinte,
l'ensemble est plongé dans une cuve galvanoplastique où,
sous l'action d'un courant électrique approprié, un fort
dépôt de cuivre vient s'appliquer à chaque partie
saillante du ruban métallique, et former un double bourrelet qui
sertit énergiquement les plaques de prismes.
Une curieuse particularité de ce procédé est de
serrer avec une telle force les prismes ou la glace unie qu'il est
chargé d'assembler que, soumis à l'action du feu,
les vitraux ainsi constitués craquèlent et se fendillent
mais n'éclatent pas.
L'importance de cette curieuse immunité, au point de vue de la
résistance au feu, n'échappe à personne; car
il est acquis que la plupart des incendies ne se développent que
grâce à l'introduction de l'air dans les locaux en feu
par le bris des glaces et vitres.
La résistance au feu des prismes, enchâssés par la
galvanoplastie, à été mise récemment
en évidence par le violent incendie de la maison Mac Clurg
de Chicago, incendie dans lequel les ouvertures munies de prismes
Luxfer ont victorieusement résisté à l'action
combinée du feu et des jets de pompe; tandis que toutes les autres
glaces ont été complètement détruites.

Fig. 2. — Éclairage ordinaire d'un sous-sol. |
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Fig. 3. — Éclairage d'un sous-sol avec les multi-prismes Luxfer. |

Fig. 4. — Éclairage ordinaire d'un rez-de-chaussée. |

Fig. 5. — Éclairage d'un rez-de-chaussée avec les multi-prismes Luxfer. |
L'éclairage des sous-sols s'obtient au moyen de dalles
prismatiques, dites «multi-prismes» ou carreaux à
prismes qui projettent la lumière sous un angle de 45°. Au
cas où l'étendue du sous-sol nécessiterait la
réfraction de la lumière à une distance
supérieure à celle atteinte par les multi-prismes,
il suffit de placer devant eux un châssis vertical qui par une
deuxième réfraction transmet le jour dans les parties
les plus reculées. Les figures 2 et 3, ainsi que 4 et 5 nous
représentent aussi fidèlement que possible, pour un
sous-sol et pour un rez-de-chaussée, les effets obtenus avec
l'éclairage ordinaire d'une part et avec les multiprismes d'autre
part. Les résultats obtenus 'par ces prismes sont réellement
remarquables, et les effets que l'on voit sur nos dessins sont bien ceux
qui se passent en réalité.
Les prismes Luxfer sont donc appelés à être
d'une grande utilité. Avec eux les sous-sols peuvent être
éclairés au degré nécessaire, par l'emploi de
dalles ou de carreaux à prismes placés dans le trottoir,
avec des châssis verticaux. La combinaison des dalles à
prismes et des plaques à prismes permet de résoudre
les divers problèmes qui peuvent se présenter.
Une quantité limitée de prismes ainsi combinés
donnera certainement plus de jour dans un sous-sol qu'une quantité
quelconque de jours ou de soupiraux de toute autre disposition. Ajoutons
encore qu'avec l'éclairage ainsi obtenu, on a fait de très
belles photographies qu'on ne pouvait réussir jus- qu'ici qu'avec
un éclairage artificiel pendant les heures de jour.
Les prismes Luxfer ont donc pour but d'assurer la diffusion de la
lumière du jour. L. LEROY.
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